
Du Néolithique au BARF, une continuité oubliée
Avec la série documentaire L’effet chat, la série documentaire sur France Culture, la radio publique propose bien plus qu’un programme consacré aux chats. Elle offre une exploration profonde, sensible et intellectuelle de notre relation millénaire avec cet animal à part, à la fois familier et insaisissable.
Composée de huit épisodes, la série embrasse l’histoire, l’éthologie, la sociologie, la psychologie, la culture populaire et même l’écologie. Le chat devient ici un fil conducteur pour interroger notre rapport au vivant, à la domination, à l’affection et à la coexistence entre espèces.

En racontant l’histoire de la domestication singulière du chat, de son statut ambigu entre sauvage et domestique, de son rapport intact à la prédation et de notre difficulté à le faire entrer dans des cadres normatifs, la série pose une question centrale, rarement formulée explicitement :
Avons-nous adapté l’alimentation du chat à nos modes de vie, ou avons-nous réellement respecté la nature biologique du chat ?
Le chat n’a jamais cessé d’être un carnivore strict
Dès le premier épisode – Au commencement était le chat, la série rappelle un fait fondamental : le chat n’a pas été transformé par l’humain comme l’ont été d’autres espèces.
Contrairement au chien, il n’a pas évolué vers l’omnivorie. Il reste, biologiquement et métaboliquement, un carnivore strict :
- besoin impératif de protéines animales
- dépendance à certains nutriments absents du végétal (taurine, vitamine A préformée, acide arachidonique)
- appareil digestif court, peu adapté aux amidons
Or, ces caractéristiques biologiques entrent en tension directe avec l’essor massif, depuis la fin du XXᵉ siècle, d’une alimentation féline ultra-transformée, riche en glucides, standardisée et pensée avant tout pour la logistique humaine.
La série ne le dit pas explicitement, mais elle le suggère constamment :
👉 le chat n’a jamais quitté son modèle de proie.
Domestication sans soumission… mais alimentation sous contrainte
L’un des fils rouges de L’effet chat est cette idée essentielle : le chat n’est pas un animal soumis. Il cohabite, il négocie, il se retire s’il le faut.
Fait interessant, il est maintenant acquis que que nos chats « domestiques » sont des animaux « néoténiques« , c’est à dire qu’a notre contact, ils ont conservé leur comportement de chatons : jeux, câlins, ronronnement, « patounage », ce qui ne se retrouve pas forcément dans la nature.
Et pourtant, là où nous avons échoué à le dominer socialement, nous l’avons fait par l’alimentation.
Croquettes, pâtées industrielles, rations calibrées : nous avons imposé au chat un modèle alimentaire dicté par nos contraintes :
- conservation longue
- stockage facile
- faible coût
- production de masse
Cette contradiction est frappante : nous admirons l’indépendance du chat, tout en contrôlant totalement ce qu’il mange.
BARF et alimentation crue : un retour à la logique originelle
À la lumière de la série, les approches contemporaines comme le BARF (Biologically Appropriate Raw Food) ou l’alimentation crue prennent un sens nouveau.
Il ne s’agit plus seulement d’une tendance ou d’un débat nutritionnel, mais d’un retour anthropologique :
- le chat s’est rapproché de l’humain pour chasser les rongeurs
- il mangeait des proies entières
- son alimentation était humide, riche en protéines animales, pauvre en glucides
Le BARF, lorsqu’il est correctement formulé, ne cherche pas à « humaniser » l’alimentation du chat, mais au contraire à déshumaniser nos projections pour revenir à sa logique biologique.
La série L’effet chat nous aide à comprendre pourquoi cette approche séduit de plus en plus de propriétaires :
parce qu’elle est cohérente avec l’histoire longue du chat,
pas seulement avec des tableaux nutritionnels.
Bien-être félin : au-delà du bol de croquettes
Dans plusieurs épisodes (Mon chat, je t’aime moi non plus, Parlez-vous chat ?, La thérapie féline), la série insiste sur un point clé :
le bien-être du chat ne se résume pas à l’absence de maladie.
Le chat est un animal :
- sensible au contrôle excessif
- attaché à ses routines naturelles
- profondément lié à ses comportements instinctifs
Or l’alimentation joue un rôle central dans ces comportements :
- mastication
- satiété réelle
- régulation du poids
- santé urinaire
- comportement (frustration alimentaire, gloutonnerie, vomissements)
L’alimentation ultra-transformée, sèche, monotone peut entrer en conflit avec ces besoins fondamentaux, même si elle respecte les normes réglementaires.
Naturalité : un mot galvaudé, une vraie question
La série invite implicitement à se méfier des mots-valises. Le chat est souvent présenté comme « naturel », « instinctif », « authentique »… mais son alimentation industrielle raconte une autre histoire.
Parler de naturalité, à la lumière de L’effet chat, ce n’est pas revenir à un fantasme du sauvage, mais se poser trois questions simples :
- Est-ce cohérent avec la biologie du chat ?
- Est-ce compatible avec son histoire évolutive ?
- Est-ce respectueux de son autonomie physiologique ?
Le documentaire montre que le chat nous oblige à abandonner les solutions simplistes. Il ne s’adapte pas à nos systèmes : c’est à nous de nous ajuster à lui.
L’épisode “Le chat, un tueur né” : nourrir, c’est aussi responsabiliser
Le dernier épisode, consacré à l’impact écologique du chat, apporte une nuance essentielle.

Oui, le chat est un prédateur.
Oui, il chasse même lorsqu’il est nourri.
Mais l’alimentation joue un rôle clé dans :
- la satiété réelle
- la fréquence des comportements de chasse
- la régulation hormonale
Une alimentation plus proche du modèle de proie peut réduire la chasse opportuniste, sans jamais l’annuler totalement. Là encore, la série nous pousse vers une réflexion responsable, loin des oppositions caricaturales.
Ce que L’effet chat nous apprend, appliqué à l’alimentation
En filigrane, la série nous livre une grille de lecture précieuse pour penser l’alimentation féline aujourd’hui :
- ❌ Le chat n’est pas un petit chien
- ❌ Le chat n’est pas un estomac à remplir
- ❌ Le chat n’est pas un consommateur humain
✅ Le chat est un carnivore autonome,
✅ issu d’une coévolution sans domination,
✅ dont l’alimentation devrait être pensée comme un prolongement de son histoire, pas comme un simple produit.
Conclusion : nourrir un chat, c’est accepter de ne pas tout contrôler
L’effet chat n’est pas une série sur la nutrition. Mais c’est précisément pour cela qu’elle est si précieuse.
Elle nous rappelle que le chat ne se laisse jamais entièrement façonner —
ni dans ses comportements,
ni dans ses relations,
ni dans son alimentation.
Penser BARF, naturalité et bien-être à la lumière de cette série, ce n’est pas suivre une mode. C’est accepter une idée exigeante :
le chat ne nous appartient pas complètement —
et ce qu’il mange devrait en être le reflet.